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Il faut le titre

10 Oct 2026

Dans un monde où personne n’a toutes les réponses, pourquoi continuer à former des leaders à être ceux qui savent ?

Quand les certitudes disparaissent, la manière de diriger doit évoluer.

Pendant longtemps, les organisations ont attendu de leurs dirigeants qu’ils sachent, qu’ils décident, qu’ils anticipent et qu’ils apportent des réponses.

Le leader était celui qui maîtrisait son environnement, définissait la direction et mobilisait ses équipes pour atteindre les objectifs.

Mais que se passe-t-il lorsque les règles changent en permanence ? Lorsque les transformations s’accélèrent, que les repères deviennent instables et que les réponses d’hier ne permettent plus de résoudre les problèmes d’aujourd’hui ?

Dans un environnement où personne ne peut tout savoir ni tout anticiper, la valeur du leader ne réside plus uniquement dans sa capacité à apporter des réponses, mais aussi dans sa capacité à faire émerger l’intelligence, l’autonomie et les solutions au sein de ses équipes.

C’est précisément là que la posture de coach prend tout son sens.

1. Du monde VUCA au monde BANI : un leadership confronté à de nouveaux défis

Le concept VUCA décrit depuis plusieurs décennies un environnement caractérisé par quatre dimensions :

  • Volatilité (Volatility) : les situations évoluent rapidement et parfois brutalement.
  • Incertitude (Uncertainty) : les informations disponibles ne permettent plus de prédire l’avenir avec fiabilité.
  • Complexité (Complexity) : les facteurs sont multiples, interdépendants et difficiles à maîtriser.
  • Ambiguïté (Ambiguity) : les situations peuvent donner lieu à plusieurs interprétations, sans réponse évidente.

Plus récemment, le prospectiviste Jamais Cascio a proposé le modèle BANI pour décrire une autre dimension de notre environnement : la manière dont cette instabilité affecte les systèmes, mais aussi les individus.

BANI signifie :

  • Brittle – Fragile : des organisations qui semblent solides peuvent se révéler vulnérables à une perturbation inattendue.
  • Anxious – Anxieux : l’incertitude permanente nourrit les inquiétudes, les tensions et la peur de se tromper.
  • Nonlinear – Non linéaire : de petites décisions peuvent avoir des conséquences considérables, tandis que des efforts importants ne produisent pas toujours les résultats espérés.
  • Incomprehensible – Incompréhensible : la multiplication des informations et la complexité des situations rendent parfois difficile la compréhension de ce qui se passe réellement.

Ces deux modèles ne sont pas des théories prédictives. Ils offrent des grilles de lecture complémentaires des défis contemporains.

VUCA décrit notamment la difficulté à anticiper et à décider. BANI met davantage en lumière la fragilité des systèmes et les réactions humaines face à l’incertitude.

Pour les leaders, les conséquences sont importantes.

Il ne suffit plus de maîtriser les processus et de piloter la performance. Il faut également savoir accompagner les transformations, réguler les tensions, développer l’agilité des équipes et maintenir la confiance lorsque les réponses ne sont pas encore disponibles.

2. Le paradoxe du leadership : moins contrôler pour mieux mobiliser

Face à l’incertitude, notre premier réflexe est souvent de chercher davantage de contrôle.

Multiplier les indicateurs, renforcer les procédures, centraliser les décisions, demander plus de reporting ou intervenir plus rapidement pour résoudre les problèmes.

Ces réactions sont compréhensibles. Pourtant, lorsqu’elles deviennent systématiques, elles risquent de produire l’inverse de l’effet recherché.

Les collaborateurs attendent les décisions de leur responsable, prennent moins d’initiatives et sollicitent davantage leur hiérarchie.

Le manager devient progressivement le point de passage obligé de toutes les décisions.

Dans un environnement stable, ce fonctionnement peut sembler efficace. Dans un environnement complexe et changeant, il devient un facteur de ralentissement et de fragilité.

Le défi consiste alors à trouver un nouvel équilibre :

Conserver un cadre clair tout en développant la capacité des collaborateurs à réfléchir, décider et agir par eux-mêmes.

C’est l’un des apports majeurs de la posture de coach.

Elle ne consiste pas à renoncer à son autorité ou à ses responsabilités. Elle permet d’exercer son leadership autrement, en passant d’une logique centrée sur la réponse à une logique qui développe également la capacité de réflexion et d’action des autres.

3. La posture de coach : une autre façon d’exercer son leadership

Adopter une posture de coach ne signifie pas transformer chaque entretien en séance de coaching.

Il ne s’agit pas non plus de remplacer le management par une succession de questions.

La posture de coach est avant tout une manière d’entrer en relation, d’écouter, de questionner et de responsabiliser.

Elle repose sur une conviction fondamentale : les collaborateurs disposent de ressources, de compétences et de perspectives qui méritent d’être mobilisées.

Le rôle du leader ne consiste donc pas uniquement à transmettre son expertise, mais également à créer les conditions permettant aux autres de développer la leur.

Concrètement, cela implique plusieurs évolutions.

Passer de « Je sais » à « Explorons »

Dans un environnement complexe, le manager ne dispose pas toujours de toutes les informations.

Plutôt que de chercher immédiatement la solution, il peut ouvrir la réflexion :

« Qu’est-ce qui nous échappe dans cette situation ? »

« Quelles autres interprétations pourrions-nous envisager ? »

« Si nous regardions ce problème sous un autre angle, que découvririons-nous ? »

Ce changement ne remet pas en cause son expertise. Il permet au contraire de l’enrichir par celle des autres.

Passer de « Je résous » à « Je développe »

Un collaborateur rencontre une difficulté et vient solliciter son responsable.

Le réflexe habituel consiste à analyser rapidement la situation et à proposer une solution.

La posture de coach invite à prendre un autre chemin :

« Qu’as-tu déjà envisagé ? »

« Qu’est-ce qui te semble le plus important ? »

« De quoi aurais-tu besoin pour avancer ? »

« Quelle serait ta prochaine étape ? »

Le collaborateur ne repart pas simplement avec une réponse. Il développe sa capacité à trouver des solutions.

Et c’est cette capacité qui devient particulièrement précieuse dans un environnement imprévisible.

Passer de « Je contrôle » à « Je responsabilise »

Développer l’autonomie ne signifie pas laisser chacun agir sans direction.

Au contraire, cela suppose de clarifier les objectifs, les responsabilités, les marges de manœuvre et les règles du jeu.

Le leader définit le cadre, partage les enjeux et accompagne la réflexion, tout en laissant aux collaborateurs l’espace nécessaire pour agir.

La posture de coach ne supprime donc pas l’exigence.

Elle associe un cadre clair, un accompagnement du développement et une relation de confiance.

4. Six compétences de coaching particulièrement précieuses pour les leaders

La formation à la posture de coach permet de développer des compétences directement mobilisables dans la réalité managériale.

1. L’écoute pour mieux comprendre la complexité

Dans un monde où les situations se prêtent à différentes interprétations, écouter devient une compétence stratégique.

Écouter ne consiste pas simplement à laisser parler l’autre.

C’est être capable de suspendre momentanément son jugement, de distinguer les faits des interprétations, de percevoir ce qui n’est pas exprimé et de comprendre les différents points de vue.

Un leader qui écoute véritablement peut identifier plus rapidement les incompréhensions, les résistances et les signaux faibles.

Il évite également de prendre des décisions à partir d’une compréhension partielle de la situation.

2. Le questionnement pour développer l’intelligence collective

Dans un environnement complexe, la qualité des questions peut devenir aussi importante que la qualité des réponses.

Le questionnement permet de sortir des automatismes, de remettre en perspective certaines certitudes et d’explorer de nouvelles possibilités.

Lorsqu’une équipe se trouve face à une difficulté, le leader peut chercher à comprendre :

« Quel est le véritable problème que nous essayons de résoudre ? »

« Sur quelles hypothèses reposent nos conclusions ? »

« Quelles possibilités n’avons-nous pas encore explorées ? »

« Que pouvons-nous expérimenter à petite échelle ? »

Ces questions permettent de mobiliser les perspectives de chacun plutôt que de limiter la réflexion à celle du responsable.

3. La conscience de soi pour mieux réguler ses réactions

L’incertitude n’affecte pas uniquement les collaborateurs. Elle agit également sur les dirigeants.

Sous pression, certains accélèrent les décisions. D’autres renforcent leur contrôle, évitent les confrontations ou cherchent à rassurer trop rapidement.

La formation à la posture de coach invite le leader à développer une meilleure conscience de ses propres mécanismes.

Qu’est-ce qui déclenche mon besoin de contrôler ?

Comment est-ce que je réagis lorsque je ne sais pas ?

Quel impact mon comportement produit-il sur mes collaborateurs ?

Cette capacité de recul permet de choisir sa réponse plutôt que de réagir automatiquement.

Dans un environnement instable, la capacité du leader à se réguler influence directement sa manière de conduire les autres.

4. La qualité relationnelle pour maintenir la confiance

Dans un monde BANI, l’anxiété et la fragilité des repères peuvent amplifier les tensions.

Les collaborateurs ont besoin de pouvoir exprimer leurs préoccupations, leurs désaccords et leurs interrogations sans craindre systématiquement d’être jugés ou sanctionnés.

La posture de coach favorise une relation fondée sur l’écoute, le respect et la responsabilité.

Elle permet notamment d’aborder les sujets sensibles avec davantage de discernement.

Il ne s’agit pas d’éviter les conversations difficiles, mais de savoir les conduire sans provoquer d’escalade inutile.

La confiance devient ainsi une condition de la coopération, de l’apprentissage et de la capacité à traverser les changements.

5. L’autonomisation pour renforcer l’agilité

Une organisation ne peut pas être réellement agile si toutes les décisions doivent remonter dans la hiérarchie.

Former les leaders à la posture de coach permet de développer un management qui encourage la prise d’initiative et la responsabilisation.

Le collaborateur apprend progressivement à analyser les situations, à identifier ses options et à prendre des décisions dans son périmètre.

Le leader reste présent, mais son intervention évolue.

Il accompagne davantage qu’il ne se substitue.

Cette évolution permet aux équipes de réagir plus rapidement aux situations nouvelles, sans attendre systématiquement une réponse venue d’en haut.

6. L’accompagnement du changement pour transformer les résistances en dialogue

Face au changement, les résistances sont souvent interprétées comme un manque d’engagement ou une opposition.

Pourtant, elles peuvent également révéler des inquiétudes, des besoins de clarification, des expériences passées ou des enjeux qui n’ont pas été suffisamment pris en compte.

La posture de coach permet d’explorer ce qui se joue réellement.

« Qu’est-ce qui te préoccupe dans cette évolution ? »

« Qu’aurais-tu besoin de comprendre pour avancer ? »

« Sur quoi pouvons-nous agir concrètement ? »

Cette démarche ne consiste pas à obtenir artificiellement l’adhésion.

Elle permet de reconnaître les difficultés, de clarifier les marges de manœuvre et de favoriser une participation active au changement.

5. Un leader coach sait aussi quand ne pas coacher

C’est un point essentiel.

La posture de coach ne constitue pas une réponse universelle à toutes les situations managériales.

Dans certaines circonstances, le leader doit décider, arbitrer, donner une instruction ou recadrer clairement.

Lorsqu’une situation exige une décision urgente, un questionnement prolongé peut être contre-productif.

Lorsqu’un collaborateur manque de connaissances, il peut avoir davantage besoin d’explications ou de formation que de questions.

Et lorsqu’un comportement pose problème, la responsabilité du manager consiste à nommer les faits, les attentes et les conséquences.

La maturité du leader ne réside pas dans l’adoption permanente d’une posture de coach, mais dans sa capacité à choisir consciemment la posture adaptée à la situation.

Parfois, il doit être directif.

Parfois, il doit transmettre son expertise.

Parfois, il doit faciliter une réflexion collective.

Et parfois, il doit simplement écouter et permettre à son interlocuteur de construire sa propre réponse.

C’est cette flexibilité qui constitue une véritable compétence de leadership.

6. Se former à la posture de coach : bien plus qu’apprendre des techniques

Il serait tentant de réduire cette formation à l’acquisition de quelques outils de communication.

Apprendre à poser des questions ouvertes, pratiquer l’écoute active ou conduire un entretien de développement.

Ces compétences sont utiles, mais elles ne suffisent pas.

Le véritable changement se situe dans la manière dont le leader considère son rôle, sa relation aux autres et sa responsabilité dans leur développement.

Se former à la posture de coach suppose de travailler sur ses propres automatismes :

Pourquoi ai-je besoin d’apporter immédiatement une solution ?

Quelle place est-ce que je laisse réellement à la réflexion de mes collaborateurs ?

Suis-je capable d’accueillir une idée différente de la mienne ?

Comment est-ce que je réagis face à l’erreur, à l’incertitude ou au désaccord ?

Est-ce que mes interventions développent l’autonomie de mes équipes ou renforcent leur dépendance ?

La formation devient alors un espace d’expérimentation et de prise de conscience.

Elle permet de développer une nouvelle manière d’interagir, qui se traduit progressivement dans les conversations quotidiennes : réunions, entretiens individuels, feedbacks, prises de décision, gestion des tensions et accompagnement des transformations.

Les compétences mobilisées — écoute active, présence, confiance, questionnement favorisant la prise de conscience et développement de l’autonomie — sont notamment au cœur du référentiel de compétences de l’International Coaching Federation (ICF).

Le transfert de ces compétences dans le management nécessite toutefois une adaptation au contexte hiérarchique et aux responsabilités du leader.

7. Dans un monde incertain, développer les personnes devient une priorité stratégique

Les organisations ont longtemps investi dans les compétences techniques, les processus et les outils de pilotage.

Ces investissements restent indispensables.

Mais ils ne suffisent plus à répondre à l’ensemble des défis actuels.

L’intelligence artificielle transforme les métiers et les modes de travail. Les transformations organisationnelles se succèdent. Les équipes doivent apprendre, désapprendre et s’adapter toujours plus rapidement.

Dans ce contexte, l’un des enjeux majeurs du leadership consiste à développer la capacité des personnes à faire face à des situations qu’elles n’ont encore jamais rencontrées.

Et cela ne peut pas reposer uniquement sur des instructions, des procédures ou des réponses préétablies.

Cela nécessite de stimuler la réflexion, d’encourager l’apprentissage, de développer l’autonomie et de permettre à chacun de mobiliser pleinement ses ressources.

La posture de coach offre au leader des moyens concrets d’y contribuer.

Elle ne garantit ni l’agilité ni la performance. Celles-ci dépendent également de l’organisation du travail, de la culture, des ressources et des processus de décision.

Mais elle peut jouer un rôle déterminant en développant la capacité des équipes à réfléchir, à coopérer et à agir dans l’incertitude.

Conclusion — Le leader de demain n’est pas celui qui a toutes les réponses

Dans un monde VUCA et BANI, il serait illusoire d’attendre des dirigeants qu’ils puissent tout prévoir, tout comprendre et tout maîtriser.

Le leadership ne perd pas pour autant son importance. Au contraire, il devient plus exigeant.

Il nécessite de donner une direction sans prétendre tout connaître, de maintenir un cadre sans étouffer les initiatives, de prendre des décisions tout en accueillant d’autres perspectives et de développer la confiance sans renoncer à l’exigence.

La posture de coach apporte une réponse concrète à ces enjeux.

Elle permet au leader de ne plus être uniquement celui qui sait, décide et résout, mais aussi celui qui fait réfléchir, grandir et agir.

Car dans un monde où les réponses deviennent rapidement obsolètes, la véritable force d’une organisation réside aussi dans sa capacité collective à en construire de nouvelles.

Et c’est peut-être là l’une des évolutions les plus importantes du leadership contemporain :

Ne plus chercher uniquement à développer des leaders capables de faire face à l’incertitude, mais des leaders capables de développer cette même capacité chez les autres.